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Séquestré et tabassé, il tombe dans un guet-apens à Rouen

Homophobie : séquestré et tabassé, il tombe dans un guet-apens à Rouen

Article publié le 28 octobre 2018 par Nicolas Petit dans Gayviking.com

Romain* est méconnaissable. Deux jours après son agression, ses yeux encore gorgés de sang semblent refléter toute l’horreur qu’il a vécue dans la nuit de mercredi à jeudi 25 octobre 2018, en plein coeur de Rouen. Il a été victime d’un véritable guet-apens dont la violence extrême et le caractère homophobe ont été retenus par les enquêteurs de la police criminelle. C’est un garçon calme, sans haine ni larme que nous avons rencontré. Voici son histoire. 

Rouen. Séquestré, tabassé, détroussé : guet apens homophobe

Rouen. Séquestré, tabassé, détroussé : guet apens homophobe

Le courant passait bien entre Romain et ses bourreaux. Tout commence à la Bohème, une boite de nuit rouennaise un peu quelconque. Le genre d’établissement ouvert à tous et qui fait le plein même en semaine. Romain, la trentaine, est accompagné de trois amis gays quand ils font la connaissance de deux jeunes hommes. Ils discutent, rient, boivent et dansent ensemble durant plusieurs heures. « Une de ses rencontres qu’on fait en soirée, on rencontre des gens sympas un peu par hasard, pas de raison de se méfier. » nous confie Romain. 

Le courant passe si bien que Romain tente une approche. « Je les ai un peu dragués au début mais ils m’ont calmement dit qu’ils étaient hétéros, alors j’ai arrêté mon numéro de charme » nous précise d’emblée Romain. Une précision importante car cette homosexualité révélée sera le ressort sur lequel les deux individus vont petit à petit monter leur piège diabolique. 

« Viens, il y aura des gays ! »

Il est 7h30 quand les amis de Romain décident de rentrer se coucher. Romain, lui, se sent bien et souhaite poursuivre la soirée. Les deux hommes lui proposent d’aller au Krystol, un bar lounge du quartier Saint-Marc, en plein centre-ville. Arrivé là-bas, Romain passe aux toilettes et à son retour les deux futurs tortionnaires le convient à un after« Ils m’ont dit qu’ils allaient rejoindre des copines et des copains, dont certains étaient gays, dans un appartement et que ça allait être très sympa. J’ai dit oui » C’est à ce moment là que la nuit de Romain va basculer dans l’horreur. 

« J’avais peur, j’ai cru que j’allais mourir » 

Les trois jeunes hommes grimpent dans une 206 CC noire garée rue Armand Carel. C’est une trois portes. Romain monte à l’arrière en repliant le siège avant. La voiture parcourt environ 200 mètres quand le passager défait soudainement sa ceinture et se dirige en furie à l’arrière du véhicule. « Là, les coups ont commencés à fuser. Des coups de poings au visage, sur le corps, partout. La violence était telle que ma tête rebondissait contre la vitre arrière comme une balle. J’avais peur, je ne comprenais rien, j’ai cru que j’allais mourir.» 

Les coups et les insultes homophobes s’abattent sur Romain durant deux longues heures. « Tarlouze, tafiole, tapette, sale pédé , ils m’insultaient sans cesse. Ça faisait comme un bruit sourd et continu. J’avais la tête baissée, j’avais l’impression de vivre un cauchemar. Cette fois, c’était moi la victime dont on parlerait le lendemain dans les journaux : un jeune homme tué à cause de son homosexualité »  Mais son calvaire n’est pas encore terminé. 

« Sale pédé, si tu bouges on te bute, on a des flingues et un couteau »

 « Je suis tout petit je ne sais pas me battre » s’excuse Romain en nous racontant sa nuit d’horreur. Piégé comme un rat à l’arrière de la voiture, il est conduit à Elbeuf, à 22 kilomètres au sud de Rouen. Suite à un coup, une des cartes bleues de Romain tombe à terre. A l’homophobie s’ajoute alors le motif crapuleux. « Jusque là ils ne m’avaient pas demandé d’argent, ils n’ont fait que me tabasser parce que je suis homosexuel.C’est en voyant ma carte bleue qu’ils ont eu l’idée de me détrousser » analyse Romain.

Les bourreaux essayent de retirer de l’argent. Mais malgré les coups Romain leur donne trois faux codes afin de bloquer la carte. Mais il en a une deuxième. Impossible d’y échapper, les jeunes hommes retirent 800 euros. Cela ne leur suffit pas. 

 

 

Il est 9h45 quand ils reviennent à Rouen, au Crédit Agricole de la place Saint-Marc. Les bourreaux demandent à Romain de retirer 1500 euros au guichet. Ils l’attendent dans le sas d’entrée. « Ils m’ont dit que ce n’était pas la première fois qu’ils faisaient ça et que si je bougeais, ils me buteraient avec les flingues ou le couteau qu’ils ont dans le coffre. » C’est muni de lunettes de soleil afin de cacher ses ecchymoses et les mains en sang que Romain dépose sa carte d’identité sur le comptoir et demande au guichetier s’il peut retirer une telle somme d’argent. C’est un refus catégorique.  

Décontenancés, comme cherchant un autre stratagème, les deux criminels sortent de la banque oubliant quelques instants Romain. Sa chance. Romain en profite pour se réfugier plus au coeur de l’agence bancaire. Les deux hommes prennent peur et s’enfuient. Le calvaire de Romain est enfin terminé. 

Dix jours d’ITT et une enquête en cours 

Il est 10h du matin, Romain est vivant. Présenté à un médecin légiste du CHU Charles Nicolle de Rouen, le jeune homme écope de 10 jours d’interruption temporaire de travail, signe de la violence extrême de son agression. Reçu vendredi par les enquêteurs de la police criminelle, Romain a déposé plainte. Une source proche de l’enquête a confirmé à GAYVIKING que le mobile homophobe est largement privilégié et fait en ce moment même l’objet d’investigations poussées. 

Aujourd’hui Romain est logé chez des amis. Depuis cette nuit là il n’a pas réussi à sortir seul, même en journée, dans les rues de Rouen. Son histoire il n’a souhaité la raconter qu’à GAYVIKING, pour l’instant, encore choqué mais conscient de la nécessité d’en parler : « Il y a de plus en plus d’agressions de ce genre, et pas qu’à Paris, si on n’en parle pas ça va continuer. » 

* pour sa sécurité, son prénom a été changé

 



30/10/2018
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