Grey PRIDE

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Nuits câlines aux Mimosas

Nuits câlines aux Mimosas

Petite chronique inattendue d'une vieillesse sans tabou

 

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La maison de retraite «Les Mimosas» n’était pas très accessible ; située en grande banlieue parisienne, il fallait se résoudre à prendre une succession de transports en communs qui n’en finissaient pas. Mais le choix de cette maison pour y mettre Claudine, avait été fait en raison du prix qui, malgré tout était raisonnable. Bien sûr, Les Mimosas, n’étaient pas de la dernière fraîcheur, mais un jardinet avec quelques arceaux permettait de profiter de l’extérieur les jours de beau temps. Pendant le trajet, Joan avait tout le temps pour faire défiler ces moments d’amour partagés avec sa mère ; une histoire faite de joies et de douleurs, de crises et de réconciliations... Mais le temps ayant fait son oeuvre, Joan avait viscéralement besoin de sentir la chaleur de l’épaule de sa mère. Sans doute parce qu’elle avait été toujours là, même dans les moments les plus difficiles : sa fragilité, sa fêlure ne lui avait pas permis d’être une adulte comme les autres et son côté enfantin la liait pour toujours a sa mère. Même dans les moments d’émancipation, où par désir de s’affranchir elle était partie avec des hommes qui avaient su exploiter ses faiblesses, Claudine avait toujours su garder le lien avec sa fille. Le chaos de la drogue, la prostitution occasionnelle, les passages en cliniques «psy» de Joan n’avaient jamais cassé ce lien maternel. Aujourd’hui dans ce bus qui la ramenait, comme toutes les semaines, près de sa mère, elle se sentait calme. Heureuse ? Non, mais elle avait su faire avec et elle s’était habituée à sa vie d’équilibriste ...

 

Sa mère vivait maintenant dans un présent perpétuel et oubliait parfois que Joan était sa fille, mais elle montrait de la joie à être calinée, embrassée par une jeune fille qui lui témoignait beaucoup de tendresse. Comme les autres fois, ce soir elle resterait dormir avec elle. Ce n’était pas seulement ce pénible trajet de retour qu’elle souhaitait éviter, mais se blottir contre sa mère, dans le même lit , était une source d’apaisement.

 

Se cacher, braver l’interdit, car rester dormir la nuit n’était pas autorisé, ajoutait bien sûr du plaisir à ces soirées spéciales... Elle connaissait les horaires de passage du personnel, les moments où il fallait se faufiler dans les toilettes dans le couloir, se glisser dans la salle d’eau de la chambre pour éviter le dernier passage du soir.Puis venaient la pénombre et le silence, seulement rythmé par quelques ronflements et ronronnements issus de moteurs de climatisation. Un peu plus tard viendraient d’autres bruissements, de petits coups tapés à la porte, le signal d’appel pour d’autres rencontres...

Au fil de ces nuits clandestines, le voisin de chambrée, Monsieur Louis avait repéré que Joan ne repartait pas comme tous les visiteurs ; Louis, célibataire depuis plusieurs années et bientôt proche de 90 ans, avait souvent vu passer cette femme et avait même croisé une deux fois son regard ... Et si...

 

Joan avait la cinquantaine. Son corps léger, malhabile, qu’aucune robe ne parvenait réellement à cacher, ne laissait pas les hommes indifférents. Est-ce par gentillesse, par provocation, par plaisir de l’interdit ? En tout cas, elle ne se montra pas farouche quand Louis lui toucha la taille et puis se montra plus entreprenant. 

Moyennant quelques euros elle lui permit de laisser ses mains s’égarer sous ses jupes... caresses furtives, malhabiles, mais empreintes d’un désir qui n’avait pas jailli depuis des années. Ces moments de caresses, de tendresse charnelle étaient une bénédiction pour Louis, qui ne put s’empêcher de confier son secret à ses quelques amis masculins pensionnaires comme lui.

Ainsi au fil des semaines, certaines nuits aux Mimosas étaient soudainement emplies de chuchotements, de passages dans les couloirs d’habitude déserts, d’effleurements contre la porte de la chambre, de soupirs sensuels...

Joan apporta à ces vieux messieurs, une sensualité que personne n’avait pu leur donner depuis des années. Aux toilettes intimes, parfois gênantes, qui ne laissaient aucune place à la moindre ambiguité s’ajoutaient maintenant de temps à autre des rencontres charnelles, faites de chaleur et de tendresse.

 

Joan continua ainsi ses soirées aux Mimosas, une petite affaire que la morale n’approuverait pas mais qui ne la gênait en rien. Le bonheur de dormir contre sa mère, le plaisir qu’elle éveillait auprès de ces vieux messieurs, la peur d’être découverte... 

Les Mimosas devenaient pour Joan et quelques pensionnaires un lieu d’aventure, de plaisir, de désir et de tendresse : tout ce qui n’était pas prévu au règlement intérieur !



23/02/2018
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