Grey PRIDE

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Les propositions de GreyPRIDE pour la consultation nationale

Le paradoxe des seniors qui investissent le grand débat national mais qui restent dans le déni de leur propre vieillesse

 

La consultation nationale est investie par les seniors ! Nadia Bellaoui, une des cinq garantes du grand débat national le dit après une visite de terrain à Villiers-le-Bel : «On ne comptait pas un seul jeune parmi les 60 personnes présentes.»

Cette mobilisation a cependant des limites. Elle concerne avant tout les sujets de préoccupation concernant le niveau des retraites et sa désindexation, l’augmentation de la CSG, le coût de la santé, le délabrement des services publics...

 

J’entends peu de choses concernant l’accueil des personnes âgées dans notre société. Pourtant ce thème concerne tout le monde et n’a jamais réellement été discuté par les citoyens. Les choix qui ont été faits par les précédents gouvernements sont-ils bons ? Le modèle français est-il bien-traitant et respectueux des personnes âgées ? Quelles solutions alternatives pourraient être proposées ?

L’absence de discussion sur ce thème est significatif du déni de notre propre vieillesse et de l’incapacité que nous avons à réfléchir sereinement à ce que nous souhaiterions. Le pire est prévisible, mais ne changeons rien !

 

Le nombre important de personnes âgées est un phénomène très récent et en constante augmentation. La plupart du temps, le seul prisme d’analyse de ce phénomène se réduit à calculer le poids des retraites dans l’équilibre budgétaire de l’État. En témoignent les réformes successives des régimes de retraite depuis 20 ans.

Encore aujourd’hui, les propositions qui sont faites ne prennent pas réellement en compte ce nouveau paradigme : nous allons vers une société qui comportera de plus en plus de vieux (30% de plus de 60 ans à l’horizon 2050) et qui souhaitent vieillir dans des conditions différentes de celles des générations précédentes.

Le débat est souvent parasité par le fait qu’une minorité d’entre eux est beaucoup plus riche en termes de capital que les plus jeunes générations. Pourtant, les services sociaux et les associations, et les familles elles-mêmes ne peuvent que constater au quotidien les difficultés qu’ont les personnes dépendantes à payer les services et les institutions qu’elles doivent utiliser.

 

En l’espace de 40 ans, nous sommes passés d’une société où la population âgée était marginale à une société dans laquelle la durée de la retraite a une durée comparable à la période d’activité rémunérée.

En même temps, l’image des vieux ne s’est pas améliorée. Qui peut assumer le fait de devenir vieux ? Le rejet de la vieillesse est omniprésent et nous renvoie des images négatives sur notre apparence, notre coût social, notre inutilité.

De même, la gestion de la vieillesse et de la dépendance reste cantonnée à des représentations issues de la logique des hospices qui considéraient que la satisfaction des besoins vitaux était suffisante dans la prise en charge des vieux. Le modèle d’habitat (individuel/collectif) et de soin s’inspire d’une organisation qui ne nous semble plus satisfaisante.

 

Nombreux sont les “vieux d’aujourd’hui” qui veulent participer à la vie de la société, veulent continuer à avoir une vie affective et sexuelle et ne veulent pas être considérés comme des objets de soin.

L’arrêt d’une activité rémunérée ne signifie pas que l’on ne souhaite plus participer activement à la solidarité nationale, la preuve est l’engagement massif des plus âgés dans le secteur associatif.

 

Nous devons nous poser la question essentielle : Quelle organisation serait souhaitable pour assurer tout à la fois une fin de vie digne à tout le monde et ne pas peser sur les revenus des jeunes générations ?

Cette question doit faire l’objet d’un débat citoyen pour repenser toute l’organisation de ce secteur. Notre choix de bien vieillir est trop important pour le laisser seulement aux politiques, aux professionnels du secteur médico/social, aux entrepreneurs. Et ce débat est l’affaire de tous, car nous serons tous en perte d’autonomie un jour où l’autre, et la mise en place de dispositifs alternatifs prendra du temps.

 

Partant de ces constats, voici quelques réflexions qui pourraient articuler le débat :

Idée 1 : le modèle d’institution collective ne correspond pas toujours aux attentes des personnes et ne permet pas de garantir une qualité de fin de vie ; le maintien à domicile montre ses limites et ne résout pas le problème de l’isolement et du lien social que subissent beaucoup de personnes. Comment créer des modes d’habitat à taille humaine ?

 

Idée 2 : L’arrivée dans ce secteur d’investisseurs privés à but lucratif est-il éthique et compatible avec les objectifs de justice sociale ? Quels mécanismes de régulation et d’évaluation faudrait-il mettre en place ?

 

Idée 3 : Le financement de la dépendance peut-il être assuré uniquement par les revenus du travail ? La réflexion sur l’évolution du travail et la promotion de conditions de vie dignes pour tous ne doit-elle pas inclure les enjeux du vieillissement, au lieu d’en faire une problématique à part ?

 

Idée 4 : Comment faciliter, comme le souhaitent nombre de seniors, un vivre-ensemble affinitaire ? Et plus généralement, comment développer un mode de vie plus respectueux des choix de chacun, plus solidaire et inclusif ?

 

Idée 5 : Comment mieux favoriser l’aide active des retraités dans la construction du tissu social et intergénérationnel ?

 

Idée 6 : Comment mieux prendre en compte la qualité de vie des personnes dans les décisions impliquant des choix d’autonomie et des choix d’ordre médical ?

 

Idée 7 : Comment coordonner l’ensemble des services médico/sociaux en créant des plateformes multi-services de soutien et de suivi des personnes âgées ?

 

Idée 8 : Comment conserver notre identité, nos désirs et faire entendre nos choix jusqu’au bout de notre vie ? Comment passer d’un système de protection privatif de toute liberté (tutelles/curatelles) à un système d’accompagnement dans nos choix et nos décisions ?

 

Alors, vous les seniors qui manifestez, qui investissez les débats, qu’attendez-vous pour réfléchir et proposer les solutions sur le bien-vieillir en France ? Militons pour proposer une nouvelle organisation, de nouvelles institutions, de nouvelles solidarités qui correspondent à nos attentes.

 

Les vieux ce ne sont pas les autres, c’est vous ou moi, aujourd’hui ou demain.

 

Faites vos propositions contact@greypride.fr

 



01/02/2019
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