GreyPRIDE

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Rapport 2018 de SOS Homophobie

Pour la première fois dans le rapport annuel de SOS-HOMPHOBIE apparaît le thème des seniors.

Vous trouverez ci-joint le texte intégral de l'article ainsi que le lien vers le rapport.

 

 

Un regard sur...

Les LGBTphobies chez les seniors

Encore méconnue et bien souvent niée et invisibilisée par la société, la haine à l’encontre des personnes seniors lesbiennes, gays, bi ou trans est une réalité. Nous avons décidé de créer cette année une nouvelle rubrique consacrée aux LGBTphobies chez les seniors. Nous avons le plaisir de donner la parole à l’association GreyPRIDE qui, au quotidien, fait le constat de l’intolérance et du rejet à l’encontre des seniors LGBT. Décrire les manifestations de ces LGBTphobies spécifiques permettra de mieux les combattre et mieux les prévenir.

Par Francis Carrier, président de l’association GreyPRIDE

 

Vieillir LGBT : des discriminations à tiroirs

L’homophobie, la biphobie ou la transphobie n’épargnent pas les individus quel que soit leur âge ; certains appels reçus via notre ligne d’écoute en témoignent. Cependant en vieillissant les seniors LGBT sont confronté·e·s à d’autres types d’exclusion.

Notre premier combat : lutter contre l’invisibilité

Vieillir n’est facile pour personne, mais lorsqu’on fait partie de la minorité LGBT les difficultés se multiplient. Aujourd’hui la situation des seniors LGBT n’est même pas une question évoquée par les acteurs de la filière gérontologique, et cette population n’est donc pas identifiée comme pouvant subir une discrimination : une population invisible ne souffre pas et n’a pas de revendications.

Cette invisibilité est une stratégie de défense à un moment où l’on se sent plus particulièrement vulnérable. Son origine ? Le long apprentissage des discriminations vécues tout au long de sa vie.

Cette photo posée sur la table de chevet d’un vieux monsieur gay dans une maison de retraite sera à l’origine du premier mensonge qui l’enfermera définitivement dans le silence de sa propre histoire :

- C’est qui sur cette photo, votre frère ? - Euh... oui...

Ou ce couple de vieilles lesbiennes qui pour une raison médicale est confronté au personnel soignant, mais qui ne pourra jamais dire la nature de leur relation :

- Après cet examen, une personne devra venir pour vous raccompagner chez vous. Vous êtes mariée ? Votre mari pourra venir ? Ou peut-être une amie ?

- Oui, j’ai une amie qui viendra me chercher.

Ces mensonges par omission, vécus par toute personne LGBT, peuvent sembler anodins mais ils ont pourtant des conséquences graves : l’impossibilité de dire qui on est, l’impossibilité de

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raconter son histoire, sa vie, ses amours (selon une étude récente, 50 % des personnes LGBT ne parlent pas spontanément de leur orientation sexuelle à leur médecin traitant).

Le premier mensonge enferme les personnes dans une fausse relation. Un mensonge en appelle un autre et ainsi la crainte d’être découvert·e ne permet plus d’établir une relation de confiance qui est pourtant essentielle à ce moment de notre vie : l’auto-exclusion se met en place.

Que ce soit à son domicile, ou dans un établissement d’accueil pour personnes âgées, les seniors LGBT vivent un isolement plus marqué, et ce phénomène d’auto-exclusion n’est pas la seule cause de discrimination.

L’isolement : premier facteur de risque

En l’absence d’études françaises sur ce sujet, nous ne pouvons que lire les rapports établis aux États-Unis et au Canada. Ils font apparaître des facteurs aggravants de la situation des seniors LGBT.

- Des ruptures familiales importantes au cours de la vie qui font que les seniors LGBT ont peu de proches pour les accompagner : 51 % des seniors LGBT vivent totalement isolé·e·s.

-Les ruptures professionnelles plus fréquentes au sein de la population LGBT ont pour conséquence des revenus plus faibles et donc un niveau de pauvreté plus important que la population générale1. L’étude faite par SAGEmontre que le taux de pauvreté est respectivement supérieur de 9,6 % pour un couple lesbien et de 4,6 % pour un couple gay contrairement à l’idée largement répandue que les gays seraient plus aisés que la population générale.

- Un taux de maladies physiques et mentales plus important. On peut citer : hypertension sanguine, cholestérol, diabète, VIH, addictions, et maladies mentales graves. Ainsi, selon cette même étude, plus de la moitié des seniors LGBT ont été diagnostiqués comme dépressifs, 39 % ont fortement pensé à se suicider.

- L’isolement social est aujourd’hui reconnu comme le facteur de risque le plus important pour les personnes âgées. De plus, les LGBT seniors sont très souvent célibataires (deux fois plus que la population globale) et ont beaucoup moins d’enfants.

Tous ces facteurs objectifs se cumulent avec un faible soutien de la plupart des associations et des médias LGBT et surtout un déni de sa propre vieillesse dans la communauté LGBT. À l’heure actuelle il est presque impossible de trouver dans l’iconographie LGBT française des images positives de couples LGBT âgés, comme si l’orientation sexuelle et l’identité de genre étaient propres à la jeunesse. Pourtant, vieillir, c’est ce que nous faisons chaque jour depuis que nous sommes né·e·s !

Un problème de société

GreyPRIDE se doit de penser à la situation des seniors LGBT, à leur façon de vivre, d’être soigné·e·s, de mourir, mais nous agissons dans un environnement qui pour le moins est insatisfaisant pour tou·te·s.

1 « LGBT Elders: Poverty’s Challenges Worsen With Age », Huffingtonpost.com, 2 février 2016

2 Rapport de SAGE (association américaine de défense des seniors LGBT) : « LGBT Older Adults and Health Disparities »)


RAPPORT SUR L’HOMOPHOBIE 2018 – 159

UN REGARD SUR...

L’explosion de mécontentements dans les différents EHPAD (établissements hospitaliers pour les personnes âgées dépendantes) n’est qu’une manifestation de la difficulté de notre société à organiser le bien-vieillir de sa population.

Nous voyons bien que parler des seniors LGBT, c’est toucher un sujet qui concerne différents types de discriminations : l’âgisme, l’homophobie ordinaire ou intériorisée et les difficultés du vieillissement propre aux personnes trans qui pour l’instant n’est quasiment pas étudié.

Parler de la sexualité de tous les seniors est la première étape pour ré-humaniser notre rapport à la vieillesse et revaloriser notre corps. Je ne parle pas d’une sexualité stéréotypée, calquée sur les performances de la jeunesse, mais d’une sexualité en harmonie avec nos désirs, nos corps, nos rencontres et notre âge. Notre orientation sexuelle ne doit pas être ignorée, mais faire partie naturellement de notre bien-vieillir.

Un environnement tolérant à la violence envers les vieux

La violence, c’est de se sentir obligé·e·s de cacher, en vieillissant, notre histoire, nos corps et nos désirs.

La violence, c’est d’accepter comme une fatalité que l’on puisse vieillir dans de mauvaises conditions en France.

La violence, c’est de considérer que les vieux n’ont plus de place dans notre société. La violence, c’est l’impossibilité de transmettre son histoire.

Et vous, lorsque vous serez vieux ou vieille, n’aurez-vous pas le désir d’être aimé·e et d’aimer jusqu’au dernier jour de votre vie, d’être respecté·e quelles que soient votre orientation sexuelle ou votre identité de genre, de pouvoir choisir où vous souhaitez vieillir et en compagnie de qui ?

Pour devenir membre de GreyPRIDE : www.greypride.fr
Ligne d’écoute ouverte le mardi et le jeudi de 16h à 18h : 01 44 93 74 03
GreyPRIDE est un collectif associatif créé en octobre 2016 qui regroupe des personnes physiques et des personnes morales (AIDES, Act Up-Paris, Acceptess-T, Basiliade, Bi’Cause, David & Jonathan, DiverSeniors (Toulouse), Les Bascos (Bayonne), Actions Traitements, Le Kiosque Infos sida, le Centre LGBT de Paris-IDF).



16/05/2018
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